[Critique] Electric Boogaloo de Mark Hartley

Publié le 17 Janvier 2015

[Critique] Electric Boogaloo de Mark Hartley

Mélangeant interviews, nombreux extraits de films et archives, Electric Boogaloo retrace l’histoire de la compagnie de production Cannon dans les années 80, à travers ses nombreuses productions: les plus grands nanars du cinéma, qui ont pris de force la machine Hollywoodienne.

Mark Hartley dresse un portrait sans compromis et savoureux de la Cannon en donnant la parole à près d’une centaine d’intervenants parmi lesquels Dolph Lundgren, Sybil Danning, Charles Bronson, Chuck Norris, Sharon Stone, Tobe Hooper, Franco Nero, Barbet Schroeder ou Luigi Cozzi qui se rappellent avec humour et sincérité de leurs participations à la mythique firme.

Grandeur et décadence de la Cannon et de ses têtes dirigeantes, Golan et Globus, l’aventure unique d’une entreprise ayant changé à jamais l’histoire du cinéma bis.

Rares sont les documentaires sur le cinéma à franchir nos frontières, encore plus sous format vidéo. On accueille donc avec joie ce Electric Boogaloo, qui s'est offert une sortie DVD le 15 janvier dernier chez Luminor. Il est aussi proposé en bundle avec le MadMovies du mois, qui pour l'occasion propose un sujet complémentaire au doc. Pour ceux qui veulent le découvrir sur grand écran, il sera présenté fin janvier hors compétation au Festival de Gérardmer. On vous le recommande et on vous dit tout de suite pourquoi.

[Critique] Electric Boogaloo de Mark Hartley

Pour son troisième documentaire consacré au cinéma bis, le réalisateur Mark Hartley nous plonge cette fois-ci dans les années 80, époque de gloire de la Cannon. Electric Boogaloo nous conte l'incroyable épopée de cette société de production qui va aller jusqu'à concurrencer les plus grandes majors du cinéma US. A sa tête, on trouve Menahem Golan et Yoram Globusdeux cousins israéliens fraichement débarqués aux USA. Ils ont triomphé dans leur pays d'origine et veulent maintenant laisser leur empreinte dans le paysage hollywodien. Derrière cela, une passion immense pour le cinéma qui va alimenter chacun de leurs projets.

Là où les majors comme la Warner se contentaient de sept-huit films par an, la Cannon pouvait produire jusqu'à cinquante-soixante films chaque année. Des films au budget restreint, mais dont chaque dollar était voué à voir à l'écran. Leurs plus gros triomphes seront des films d'action - Chuck Norris et Charles Bronson étant les deux vedettes du studio, mais Golan & Globus tenteront de se racheter une image de marque en produisant des films de réalisateurs reconnus comme John Cassavetes, Franco Zeffirelli ou encore Jean-Luc Godard. Dans les années 90, ils se risqueront aux gros budgets avec Les Maîtres de l'univers et Superman IV. Hélàs, ces derniers ne sauveront une entreprise qui accumule les dettes, les producteurs ayant l'espoir que chaque futur film épongera l'argent perdu par les précédents.

[Critique] Electric Boogaloo de Mark Hartley

L'inattendue montée et la déchéance de la Cannon, c'est ce que nous dévoile Electric Boogaloo au travers du regard des scénaristes/réalisateurs/acteurs qui y ont eux-mêmes participé. Un documentaire sans langue de bois où certains chantent les louanges de Menahem Golan et Yoram Globus, d'autres les critiquent ou les traitent de "charlatans". Une actrice va même jusqu'à brûler devant la caméra son unique copie d'un film. Le film déborque d'anecdotes en tout genre sur les méthodes des producteurs : Golan qui fait signer Godard sur une nappe, une suite qui est sortie avant l'original car de meilleure qualité, les frasques de Cannes où sont vendus des films sur une simple affiche, les ajouts sans fin de nudité et de violence pour séduire le public,... jusqu'au récit hilarant de l'audition d'un chimpanzé (qui sera ensuite remplacé par un homme en costume).

Le montage dynamique fait qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde avec toujours des histoires de plus en plus dingues ponctuées d'extraits prometteurs, plus ou moins marqués par leur caractère bis. On ressort avec une liste de films qu'on serait bien curieux de découvrir tels le Lifeforce et le Massacre à la tronçonneuse 2 de Tobe Hooper, le Runaway Train de Andrei Konchalovsky (qui selon les intervenants serait même devenu un grand classique hors-Cannon : la société ne savait pas vendre ses bons films) ou encore Break Street 84, film de danse qui a connu un énorme succès à l'époque.

Le seul regret que l'on a c'est l'absence de Golan & Globus. Ces deux personnages hauts en couleur (sortes de Weinstein israéliens) apparaisent uniquement dans des documents d'archive alors qu'ils sont - Golan en tête - au coeur même de l'histoire de la Cannon. Peut-être ne sont-ils plus de ce monde ? Et bien non ! La fin du documentaire nous apprend qu'ils ont refusé d'y participer, mais qu'ils ont immédiatement fait leur propre version de leur côté : The Go-Go Boys, film produit à toute vitesse pour sortir avant Electric Boogaloo. On retrouve bien là les deux cousins.

[Critique] Electric Boogaloo de Mark Hartley

Electric Boogaloo, un documentaire passionnant pour tous les fans de cinéma. Une plongée dans les années 80 aux côtés de deux des producteurs les plus atypiques qu'aura connu Hollywood.

Electric Boogaloo - Disponible en DVD

Rédigé par Geotoine

Publié dans #Critiques, #Electric Boogaloo, #Mark Hartley

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