Critique - The Last Five Years (Anna Kendrick)

Publié le 13 Février 2015

Critique - The Last Five Years (Anna Kendrick)

Sur une période de cinq ans, le film retrace les hauts et les bas de l'histoire d'amour entre un jeune et talentueux écrivain et une actrice débutante, du début de leur histoire au mariage jusqu'à leur rupture.

Un récent article d'un site américain titrait sur la fin des films romantiques au cinéma. Trop mièvre, dépassé par son temps, le genre n'aurait plus la côte, le public lui préférant de loin les comédies, même lorsqu'il s'agit de relations amoureuses. La St Valentin se retrouve donc cette année encore un week-end délaissé, les majors profitant même de l'effet "sortie de couple" pour gonfler les chiffres de leurs sulfureuses sagas. La seule lueur d'espoir semble venir des Etats-Unis où sort ce vendredi The Last Five Years. Surprise, le film n'est pas le film romantique que voudrait nous vendre les visuels promos. Au contraire, nous avons ici affaire à une vision très réaliste ne négligeant aucun des bons - et aussi mauvais - moments vécus par son couple vedette. Plus d'un simple film romantique, nous avons donc un film complet sur le couple, et un musical qui plus-est. Tout cela vaut-il le déplacement ? Absolument !

Critique - The Last Five Years (Anna Kendrick)

Difficile de faire plus minimaliste que la pièce originale. Lancé à Chicago, consacré à New York, The Last Five Years a toujours eu un côté très intimiste. Deux acteurs, un piano, éventuellement quelques intruments à cordes, et nous voici plongés dans l'histoire de deux êtres, leur parcours durant cinq années retracées sur scène en moins de 90 minutes. Originalité de la chose, les deux amoureux - Cathy et Jamie - interviennent chacun leur tour, et ils ne racontent pas dans le même sens ! Si Jamie suit le bon déroulé des évènements, Cathy préfére quant-à elle partir de la fin et remonter jusqu'au début. A chaque chanson, l'un des deux s'efface pour laisser à l'autre toute la lumière. Les deux temporalités finissent finalement par se rencontrer, au milieu du musical, avec une chanson commune aux deux personnages.

Le musical possède la particularité d'être constamment chanté. Le film fait majoritairement de même - les dialogues ajoutés sont minces et inutiles, mais surtout garde la même dynamique, ne modifiant les chansons que pour quelques détails mineurs. On retrouve ainsi l'intégralité des numéros musicaux qui ont fait le succès du spectacle.  Partant de l'échec de leur relation, Cathy remonte le temps pour revenir à leurs bons moments. Jamie de son côté savoure ce couple naissant, même s'il voit rapidement les choses lui échapper. Chacun allant dans une direction différent, on passe constamment d'un morceau plus léger à un plus sombre, et ainsi de suite. A moins d'être totalement réfractaire au genre, vous vous laisserez sans mal bercé par le flot de magnifiques mélodies signées Jason Robert Brown. Mélodies riches qui trouvent ici de somptueux interprètes et de majestueuses réorchestrations. Si vous devez vous intéresser à The Last Five Years pour une bonne raison, ce sont ses chansons.

Critique - The Last Five Years (Anna Kendrick)

Elles sont toutes magnifiquement mises en oeuvre. Comparé au musical original, il fallait tout construire ou presque, et on se retrouve avec de très bonnes idées de mises en scène. Certains morceaux gardent le même côté intimiste (Sill Hurting, Nobody Needs to Know, The Schmuel Song), tandis que d'autres profitent du passage sur grand écran pour prendre une toute nouvelle ampleur (Moving Too Fast, la "chanson Broadway Skype" A Summer in Ohio, I Can Do Better Than That). On accroche un peu moins quand tout s'inverse, les chansons sont longues, très longues pour certaines (pas moins de 5 minutes), heureusement la faible durée du long-métrage limite la certaine usure qui menace d'apparaître. Tout le long-métrage est en fait monté comme une succession de chansons - le générique de fin le confirme, et c'est ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force, car l'environnement est sans cesse renouvelé et qu'il met le couple au centre de tout, sa faiblesse, car, justement, en dehors du couple - lequel montre vite ses faiblesses - il n'y a pas grand chose à quoi s'attacher sur le long terme.

Le film ne serait alors rien sans la performance de ses deux acteurs principaux. Ce sont eux qui occupent continuellement l'écran, et quelles performances de leur part ! Anna Kendrick n'aura jamais aussi bien démontré ses talents de chanteuse et d'actrice, elle qui s'est pourtant maintes fois illustrée dans le passé. Des frissons vous guettent dès la toute première séquence, riche en émotions. Et quelle belle voix. Echappé de Broadway, Jeremy Jordan fait lui un solide compagnon, qui tire partie des forces qu'offrent ses échappées musicales. Pas de doute, le couple était parfait pour l'écran. Signalons que la majorité des chansons a été enregistrée en live, directement sur le plateau, ce qui ne fait qu'ajouter du crédit supplémentaire aux sublimes interprétations des deux acteurs. Et c'est très bien filmé par Richard LaGravenese (P.S. I Love You), certains plans sont de vrais bijoux (pas tous).

Critique - The Last Five Years (Anna Kendrick)

Le genre du film romantique est mort, pour l'instant. Malgré sa sortie US pour la St Valentin, The Last Five Years n'a pas pour vocation de nous faire changer d'avis, puisqu'il échappe aux clichés du genre et ce dès ses premières minutes, film sur le couple contant le constat amer d'une histoire d'amour ratée. Tout n'est pas rose dans cette comédie musicale de Jason Robert Brown (inspirée de sa propre vie), mais certains moments tendres et drôles sauront vous persuader que cette histoire méritait d'être vécue. Pour nous, observateurs extérieurs, nous pouvons prendre note des erreurs des personnages et surtout savourer les magnifiques chansons du long-métrage. Le syndrome du "un peu trop" n'est pas loin, mais Anna Kendrick et Jeremy Jordan arrivent sans peine à nous convaincre que - comme pour l'histoire du couple - ça méritait d'être vécu. Avec un bilan positif à la fin : on vous met au défi de ne pas craquer pour la bande-originale. Si vous voulez en écouter un aperçu, les parties d'Anna Kendrick en sont les plus belles envolées (A Part of That, Goodbye Until Tomorrow, I'm Smiling).

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