[Test] Livide : la critique et le test du Blu-Ray

Publié le 1 Mai 2012

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En Bretagne, la nuit d'Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeur de danse classique, aujourd'hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel...

 

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Le film

 

Depuis quelques années, le monde entier voit la France comme la terre émergente d'une nouvelle vague de réalisateurs de films d'horreur. Ce sont le plus souvent des fans du genre qui ont grandi dans les années 80 avec Mad Movies et les films de Sam Raimi et John Carpenter, et qui s'expriment à leur tour sur pellicule à grand renfort de tripes et autres effets sanguinolents. On a ainsi vu sortir au fil de la décennnie des films aussi sanglants que "Martyrs" de Pascal Laugier, "Frontière(s)" de Xavier Gens ou "Mutants" de David Morley. Mais, si ces films s'exportent bien à l'étranger et remportent l'adhésion des spectateurs lors de festivals spécialisés, ils sont en général difficiles à produire (voir le documentaire "Viande d'origine française") et n'intéressent pas le public de leur pays d'origine : 100 000 entrées pour "Frontière(s)", un peu moins pour "Martyrs" et beaucoup moins pour "Mutants".

 

Julien Maury et Alexandre Bustillo sont deux réalisateurs français qui se sont illustrés en 2007 avec leur première long-métrage "A l'intérieur", dans lequel une femme interprétée par Béatrice Dalle est prête à tout pour ouvrir le ventre d'une femme enceinte afin de lui prendre son bébé. Le film fit sensation lors du festival de Cannes où il fut présenté en avant-première, eut une petite carrière en France (70 000 entrées) mais fut acclamé par les fans du genre aux Etats-Unis, poussant ainsi les producteurs américains à s'intéresser aux deux jeunes français. Reccueilis par les frères Weinstein, Julien Maury et Alexandre Bustillo travaillèrent ainsi sur de nouveaux opus des franchises "Halloween" et "Hellraiser" mais furent virés du premier projet, car Rob Zombie souhaitait réaliser une suite à son remake, et partirent du second car leur vision ne correspondait pas à celle des producteurs (voir interview sur Envrak.fr). 

 

Suite à ces projets avortés et en découvrant les déconfitures d'autres réalisateurs français expatriés aux Etats-Unis, comme Xavier Gens avec "Hitman" qui n'est rien d'autre qu'un pantin sur le plateau de tournage de son propre film, ils décidèrent alors que l'aventure américaine n'était pas faite pour eux et retournèrent en France. Après un projet avec Thomas Langmann abandonné, ils écrivèrent alors à quatre mains le scénario de "Livide", un nouveau film d'horreur qui devait au départ se dérouler en Irlande avec Elijah Wood dans l'un des rôles principaux. Mais, le projet de co-production amércaine, irlandaise et française se transforma finalement en simple production française avec un budget revu fortement à la baisse et le départ de l'acteur américain. Près de cinq ans après leur précédent long-métrage, l'un de leurs projets voit finalement le jour.

 

L'histoire de "Livide" prend place en Bretagne. Au cours d'un stage avec une aide soignante à domicile, une jeune femme prénommée Lucie apprend qu'un trésor inestimable se cacherait dans la grande maison où vit une très vieille femme plongée dans le coma. Lorsqu'elle en parle à son petit ami, ce dernier, qui ne rêve que de changer de vie, voit là une occasion en or pour se remplir les poches facilement. Il embarque alors son frère et Lucie dans ce qui semble être aux premiers abords un cambriolage des plus simples. Commence alors une aventure aux allures de "Club des cinq" mais dont on sait que le dénouement sera plus proche de celui d'un épisode des "Contes de la Crypte". Ceux qui ont vu la série penseront notamment à un épisode mémorable de la saison 5 intitulé "La maison de l'horreur" qui traitait lui aussi le thème des maisons hantées avec une fin plutôt radicale.

 

Avant de passer dans le vif du sujet, Julien Maury et Alexandre Bustillo prennent le temps de nous poser les bases du récit. Plutôt que de commencer avec une scène d'introduction sanglante qui nous dévoilerait vaguement les dangers encourus par les visiteurs de la maison, comme ce serait de mise dans un film hollywoodien, les deux réalisateurs préfèrent démarrer tout en sobriété avec un long générique d'ouverture qui nous présente à grand renfort de fondus au noir le cadre de l'histoire : la Bretagne. Un générique comme on n'en avait pas vu depuis longtemps dans le genre de l'horreur et qui instaure une ambiance assez particulière. Vient ensuite un plan qui nous rappelle irrémédiablement "A l'intérieur" avec une jeune femme brune (la belle et talentuense Chloé Coulloud) portant un bonnet et assise sur un banc. A première vue une jumelle de Alysson Paradis, mais l'illusion se dissipe au fur et à mesure que la caméra se rapproche d'elle. 

 

La première demi-heure du film nous présente tranquillement les différents personnages avec de longues scènes de dialogues et quelques répliques à vocation comique, notamment lorsque l'héroïne accompagne sa tutrice de stage chez diverses personnes agées pour prendre soin d'elles. Au cours de ces visites, la jeune femme a l'occasion de se rendre une première fois dans la maison où se déroulera la suite de l'intrigue. La grande demeure isolée nous apparaît déjà comme imposante et habitée par son passé. On ressent même déjà une certaine angoisse lorsque l'on pénètre avec Lucie dans la chambre de la vieille femme. L'ambiance reste malgré tout détendue grâce à l'humour du personnage de Catherine Jacob (pourtant dans un rôle à contre-emploi). Elle devient beaucoup plus lourde qu'ensuite, lorsqu'à la tombée de la nuit les trois jeunes décident de cambrioler la maison.

 

Après cette première partie très réussie qui ne nous donne qu'une envie, découvrir ce qu'il va leur arriver, l'épouvante pointe enfin le bout de son nez avec l'arrivée des trois personnages dans la maison. Après avoir trouvé non sans mal une entrée non verrouillée (une fenêtre en l'occurence), ils parcourent alors les différentes pièces à la recherche du trésor inestimable. On peut saluer ici le fantastique travail effectué sur la lumière car malgré le fait que les pièces ne soient que faiblement éclairées (lampes torches), toutes les actions des personnages restent parfaitement visibles à l'écran. On n'a donc pas affaire à un film plongé dans le noir où l'on ne voit rien du tout. Les dialogues se font de plus en plus rares et les réalisateurs n'hésitent pas à jouer avec nos nerfs avec en particulier un "jump scare" bien senti qui fonctionne sans difficulté.

 

On pénètre progressivement dans les différentes pièces de la maison : une chambre de petite fille où des têtes d'animaux empaillées couplées à des corps de poupées forment des jouets bien particuliers assis devant une table de dinette, la chambre de la vieille femme dont on entend constamment la lourde respiration et dont les yeux clos menacent de s'ouvrir à tout instant, la salle de torture sans portes ni fenêtres et autant d'autres endroits tous plus inquiétants les uns que les autres et qui forment autant de tableaux terrifiants issus d'horribles cauchemars. Si l'aspect visuel est parfait (somptueux décors) et si les tableaux fonctionnent bien chacun de leur côté, l'ensemble est tout de même un peu brouillon, plus proche d'un tour de train fantôme que du film d'épouvante attendu. Et ce n'est pas l'arc narratif développé ensuite qui arrange les choses.

 

En effet, après avoir rendu un très court hommage aux films de zombies dans "A l'intérieur", les deux réalisateurs s'attaquent dans "Livide" à un autre mythe qui va lui aussi faire couler le sang et tentent, pour cela, d'éclairer les spectateurs sur le passé de la vieille femme, ancienne enseignant danse, et de sa fille avec des flashbacks qui se révèlent ratés et très mal introduits. Si le plan final de leur précédent film dégageait une certaine poésie morbide, Julien Maury et Alexandre Bustillo essayent ici d'apporter de la poésie beaucoup plus tôt dans le récit mais celle-ci tombe complètement à plat à cause d'un mélange des genres déconcertant. Ainsi, en cinq minutes, on passe du film de torture au drame fantastique puis du film gore fun (type "Butcher"!) à une sorte de conte fantastique, et tout cela sans le moindre dialogue (!).  

 

Les évènements de la dernière partie du film s'enchaînent très vite et on doit avouer qu'il est difficile de ressentir une quelconque émotion pour les personnages. Rajoutons à cela un rebondissement spoilé au début du long-métrage et une fin incompréhensible - elle aurait été fortement raccourcie au montage selon le commentaire audio, ceci expliquant sans doute cela (dommage que la fin originale ne soit pas proposée en bonus). On reconnaît cependant bien la touche des deux réalisateurs avec une violence toujours aussi rude et sanglante (maquillages bluffants) et un certain goût pour les ciseaux tranchants et les ouvertures de ventres de femmes.

 

Second film des réalisateurs de "A l'intérieur", "Livide" est une petite déception car si le début est excellent et augure une suite prometteuse, le film se perd dès sa seconde partie en tentant de mélanger plusieurs arcs narratifs (relation avec la mère jouée par Béatrice Dalle, personnage de Catherine Jacob) et plusieurs genres, et nous perd par la même occasion. "Livide" n'est donc pas aussi bon qu'il aurait pu être et qu'on aurait aimé mais il a le mérite de sortir des standarts. On croise donc les doigts pour que les réalisateurs ne commettent pas les mêmes erreurs sur leurs prochains projets.

 

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Le Blu-Ray

 

Pour tous ceux qui ont raté le film en salle, et ils sont nombreux, il est désormais temps de se rattaper et de le découvrir à la maison en haute définition grâce à une édition Blu-Ray de haute facture et remplie de bonus. Le film est récent certes, mais il n'était pas dit que les nombreuses scènes nocturnes allaient être parfaitement retranscrites à l'écran. En effet, une bonne partie du long-métrage se passe soit en extérieur de nuit soit dans une grande maison. Heureusement, pas de mauvaise surprise : le Blu-Ray s'en tire très bien avec une bonne définition de l'image en toutes circonstances. Le grain est légèrement plus appuyé lors des scènes de flashbacks, mais cela est sans aucun voulu par les réalisateurs afin de bien différencier les époques. Du côté de l'audio, on retrouve une piste française DTS HD Master Audio 5.1 de qualité et des sous-titres anglais, mais pas de sous-titres français (!). Un oubli regrettable.

 

On est servi pour ce qui est des suppléments avec tout d'abord un commentaire audio des réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo. Les deux compères nous parlent notamment des nombreux problèmes survenus durant le tournage : une actrice choisie pour le rôle principal qui se désiste, un acteur tombé malade remplacé par un membre de l'équipe de tournage, Marie-Claude Pietragalla qui ne supporte pas son lourd maquillage,... Ils nous livrent également plusieurs secrets de tournage (objets dans le film apparus dans d'autres longs-métrages, Chloé Coulloud qui ne mesure pas sa force lors du tournage des scènes d'action), nous apprennent qu'Elijah Wood devait participer au film lorsque l'action de ce dernier se situait en Irlande, soulignent les changements de lieux de tournage, éclairent certains passages de l'histoire (pas tous) et nous informent même de quelques faux raccords.

 

On trouve ensuite divers entretiens : les deux réalisateurs (6 minutes), qui nous confient leur vision de "Livide", la danseuse et chorégraphe et désormais actrice Marie-Claude Pietragalla (8 minutes, petit bug avec un passage répété), qui nous avoue être claustrophobe et avoir eu du mal à porter pendant des heures le masque de vieille femme (sans toutefois nous parler des problèmes qui ont poussé son médecin à l'interdire de porter les maquillages sur la fin de tournage), l'actrice Catherine Jacob (3 minutes), contente qu'on lui ait proposé ce genre de rôle, et, pour finir, les deux jeunes acteurs Félix Moati & Jérémy Kapone (4 minutes). Enfin, on peut naviguer à l'aide de la télécommande au sein d'une galerie de magnifiques croquis et dessins préparatoires (au nombre de 15). Par contre, aucune trace du making-of et des scènes coupées évoquées par Julien Maury et Alexandre Bustillo dans le commentaire audio (ils avouent avoir utilisé quelques images du making-of dans leur film pour combler des plans de raccord manquants).

 

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Livide : En DVD et Blu-Ray le 3 mai 2012.

Un grand merci à M6 Vidéo, Aventi et Cynaps qui m'ont permis de réaliser cette critique.

 


Captures  

 

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Rédigé par Geotoine

Publié dans #Test DVD - Blu-Ray

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